Santé

Ce mot apparaît le plus souvent sur un compte rendu de radiographie, et il inquiète parce qu'il est long et qu'on ne l'entend jamais ailleurs. Il désigne pourtant quelque chose de précis : l'usure d'un étage bien particulier de la colonne, qui n'est ni le disque ni les épineuses. Cette distinction n'a rien d'académique. C'est elle qui explique pourquoi certaines douleurs descendent dans la jambe et d'autres non, pourquoi se cambrer fait mal alors que se pencher en avant soulage, et pourquoi votre compte rendu peut mentionner deux termes à la fois.
Le dictionnaire médical de l'Académie nationale de médecine est explicite : l'arthrose de la colonne touche trois niveaux distincts, et chacun porte son nom.
La jonction disco-vertébrale, c'est-à-dire le disque situé entre deux corps vertébraux. On parle alors de discarthrose.
Les articulations postérieures, aussi appelées articulaires interzygomatiques postérieures. C'est l'arthrose inter-apophysaire postérieure, celle qui nous occupe ici. Ce sont de petites articulations situées à l'arrière de chaque étage vertébral, qui guident et limitent le mouvement.
Les épineuses, ces reliefs osseux que l'on sent sous la peau au milieu du dos. Leur atteinte porte le nom de syndrome de Baastrup.
Un même compte rendu peut donc mentionner plusieurs de ces termes, et ce n'est pas une contradiction : ce sont trois structures voisines qui vieillissent ensemble.
La localisation n'est pas aléatoire, et l'explication est mécanique.
L'Académie note que l'arthrose vertébrale touche toute la colonne, mais que ses formes symptomatiques sont surtout lombaires et cervicales. L'atteinte dorsale, au milieu du dos, est décrite comme « plus iconographique que symptomatique » : on la voit sur les images bien plus souvent qu'on n'en souffre.
Et parmi les lombaires, ce sont les dernières vertèbres qui sont le siège privilégié, parce qu'elles constituent la partie la plus mobile du rachis lombaire et qu'elles encaissent les sollicitations mécaniques quotidiennes.
La fréquence est par ailleurs fortement corrélée à l'âge. L'arthrose, toutes localisations confondues, ne concerne que 3 % des moins de 45 ans, mais 65 % des plus de 65 ans et 80 % des plus de 80 ans.
Voilà le point que les pages de vulgarisation passent sous silence, et il change la façon de comprendre le diagnostic.
Les surfaces cartilagineuses des petites apophyses articulaires sont étroites, mais capitales pour la stabilité intervertébrale. Autrement dit, ce ne sont pas des articulations accessoires : elles empêchent les vertèbres de glisser les unes sur les autres.
Ces surfaces s'usent comme toutes les articulations, et des ostéophytes peuvent se développer sur le pourtour des facettes. Un ostéophyte est une excroissance osseuse fabriquée par l'articulation en réaction.
C'est ce qui suit qui est décisif.
C'est la question la plus posée sur ce sujet, et elle a une réponse anatomique nette.
Les ostéophytes, par leur volume, tendent à diminuer le calibre des trous de conjugaison, ces orifices latéraux par lesquels chaque racine nerveuse quitte la colonne. En rétrécissant ce passage, ils peuvent comprimer la racine et provoquer des radiculalgies, c'est-à-dire des douleurs qui suivent le trajet du nerf.
Une douleur lombaire qui descend dans la fesse, la cuisse ou la jambe n'a donc rien d'incohérent avec ce diagnostic. Elle ne vient pas du dos lui-même : elle vient de ce que l'os en excès fait au nerf qui sort à cet étage.
⚠ Cela ne dispense pas d'un avis médical, au contraire. Une douleur qui descend, surtout si elle s'accompagne d'une faiblesse, d'un engourdissement ou de troubles pour uriner, se montre sans attendre.
C'est la confusion la plus fréquente, et elle se lève en une phrase.
La discarthrose concerne le disque, à l'avant, entre les corps vertébraux. Le vieillissement du disque peut s'accompagner d'une altération de la production de protéoglycanes, ce qui diminue ses propriétés mécaniques ; l'anneau fibreux peut se fissurer, et des fragments du noyau s'y insinuer, réalisant une hernie discale.
L'arthrose inter-apophysaire concerne les articulations postérieures, à l'arrière, celles qui guident le mouvement.
Les deux coexistent très souvent, parce qu'elles relèvent du même vieillissement d'un même étage. Voir les deux termes sur un compte rendu ne signifie donc pas que vous cumulez deux maladies : cela décrit deux faces d'une même usure.
Pour la localisation cervicale, l'Académie range d'ailleurs l'arthrose inter-apophysaire postérieure et l'uncodiscarthrose sous un même chapeau, la cervicarthrose. Nous avons traité ce cas particulier, et la question des vertiges qu'on lui attribue à tort, dans notre page sur l'arthrose cervicale et les vertiges.
Il existe une échelle, et la connaître évite de sur-interpréter un compte rendu.
L'échelle de Kellgren-Copeman classe l'arthrose disco-vertébrale en quatre grades, en fonction du pincement du disque et des signes d'arthrose visibles sur les radiographies.
Deux précautions vont avec.
Un grade n'est pas une douleur. L'Académie le rappelle indirectement en notant que l'atteinte dorsale est « plus iconographique que symptomatique » : on trouve de l'arthrose vertébrale chez énormément de gens qui n'ont mal nulle part.
Et l'inverse est vrai. Un grade modeste peut s'accompagner de douleurs réelles, en particulier si un ostéophyte bien placé gêne une racine.
C'est pourquoi le compte rendu ne se lit jamais seul : c'est la confrontation entre ce qu'il montre et ce que vous ressentez qui a une valeur.
Trois choses, et il est utile de les poser.
Il ne dit pas que cela va empirer vite. L'évolution de l'arthrose est décrite comme imprévisible, et une image à un instant donné ne prédit pas la suite.
Il ne dit pas que le mouvement est dangereux. Les articulations postérieures assurent la stabilité, et la musculature qui les entoure participe à cette stabilité : l'immobilité n'a jamais protégé une colonne.
Il ne dit pas quel traitement vous conviendra. Cela se décide avec un médecin, à partir de vos symptômes, pas à partir d'un mot sur un compte rendu.
Trois signes changent la nature de la situation et justifient un avis rapide.
Une faiblesse musculaire dans la jambe, une difficulté à relever le pied ou à monter un escalier.
Un engourdissement de la zone périnéale, ou des troubles pour uriner ou aller à la selle.
Une douleur qui s'installe brutalement, très intense, ou accompagnée de fièvre ou d'un amaigrissement.
En dehors de ces cas, une douleur lombaire qui dure au-delà de quelques semaines mérite une consultation, sans urgence mais sans attendre indéfiniment.
C'est l'usure des petites articulations situées à l'arrière de chaque étage vertébral, les articulaires interzygomatiques postérieures. Elle constitue l'un des trois niveaux de l'arthrose vertébrale, avec la discarthrose au niveau du disque et le syndrome de Baastrup au niveau des épineuses.
La localisation dans la vertèbre. La discarthrose touche le disque, à l'avant, entre les corps vertébraux. L'arthrose inter-apophysaire touche les articulations postérieures, à l'arrière. Les deux coexistent très souvent.
Oui. Les ostéophytes qui se développent autour des facettes peuvent diminuer le calibre des trous de conjugaison, par lesquels sortent les racines nerveuses, et provoquer des radiculalgies, c'est-à-dire des douleurs suivant le trajet du nerf.
Parce que les dernières vertèbres lombaires constituent la partie la plus mobile du rachis lombaire et subissent les sollicitations mécaniques quotidiennes. Les formes symptomatiques de l'arthrose vertébrale sont d'ailleurs surtout lombaires et cervicales.
Très souvent. L'atteinte dorsale en particulier est décrite comme plus iconographique que symptomatique : on la voit sur les images bien plus souvent qu'on n'en souffre.
Une classification en quatre grades de l'arthrose disco-vertébrale, établie à partir du pincement du disque et des signes d'arthrose visibles sur les radiographies. Le grade décrit l'image, pas la douleur.
Non. C'est le troisième étage : l'arthrose inter-épineuse, qui concerne les reliefs osseux que l'on sent sous la peau au milieu du dos, et non les articulations postérieures.
Rien dans la description de cette atteinte ne le suggère. Les articulations postérieures assurent la stabilité intervertébrale, et cette stabilité dépend aussi de la musculature qui les entoure. Ce qui doit se décider avec un médecin, c'est le type d'activité, pas le fait d'en avoir une.
Sources : Dictionnaire médical de l'Académie nationale de médecine, entrées « arthrose vertébrale » et « arthrose cervicale », consultées le 21 septembre 2026 : les trois niveaux de l'arthrose vertébrale, prédominance symptomatique lombaire et cervicale, caractère plus iconographique que symptomatique de l'atteinte dorsale, rôle des dernières lombaires comme siège privilégié, corrélation à l'âge, étroitesse et importance des surfaces articulaires postérieures pour la stabilité intervertébrale, ostéophytes du pourtour des facettes réduisant le calibre des trous de conjugaison et provoquant des radiculalgies, altération des protéoglycanes et fissuration de l'anneau fibreux dans la discarthrose, échelle de Kellgren-Copeman en quatre grades, syndrome de Baastrup. Inserm, dossier « Arthrose », publié le 14 novembre 2022 avec Francis Berenbaum, Centre de recherche Saint-Antoine, unité Inserm 938, consulté le 21 septembre 2026 : fréquence par âge et caractère imprévisible de l'évolution.
Cette page explique un terme de compte rendu. Elle ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas une consultation, en particulier devant une faiblesse, un engourdissement ou des troubles urinaires.