Beaucoup de pages affirment que l'arthrose cervicale provoque des vertiges. La littérature médicale est nettement plus prudente : le diagnostic de vertige d'origine cervicale est « très controversé », il n'existe « pas de mécanisme pathophysiologique convaincant » et « aucun test diagnostique objectif » pour l'établir. Cela ne veut pas dire que votre gêne est imaginaire. Cela veut dire qu'avant d'attribuer un vertige au cou, il faut écarter des causes qui, elles, sont identifiables et souvent faciles à traiter. Cette page explique le raisonnement, dans l'ordre.
L'arthrose cervicale, ou cervicarthrose, est l'usure du cartilage des articulations des vertèbres du cou. Le rachis est d'ailleurs la localisation la plus fréquente de l'arthrose : l'Inserm l'estime à 45 à 50 % des cas, devant les mains et les genoux.
Elle se manifeste, comme toutes les arthroses, par une douleur mécanique, déclenchée par l'usage et calmée par le repos, par une raideur et par une limitation des mouvements. L'Inserm précise d'ailleurs que l'arthrose de la colonne vertébrale est fréquente chez les 65-75 ans mais reste le plus souvent silencieuse : on peut en avoir sur une radiographie sans en souffrir.
C'est un point important pour la suite. Trouver de l'arthrose cervicale sur une imagerie ne prouve pas qu'elle explique un symptôme, parce qu'on en trouve chez énormément de gens qui n'ont mal nulle part.
Le raisonnement qui soutient l'hypothèse est séduisant, et c'est ce qui explique son succès.
L'équilibre ne dépend pas que de l'oreille interne. Il repose sur des interactions entre le vestibule, les yeux, le cervelet, le cortex et les récepteurs proprioceptifs des articulations, des tendons et des muscles, y compris ceux du cou. Ces récepteurs cervicaux participent à l'orientation du corps dans l'espace et à la coordination des mouvements de la tête et du tronc.
De là, l'idée : un dysfonctionnement des informations venues du cou devrait logiquement troubler l'équilibre. Ce serait le vertige dit cervicogénique.
Mais la démonstration manque. La Revue médicale suisse, dans une mise au point consacrée à cette question, conclut que ce diagnostic « est très controversé », qu'« il n'y a pas de mécanisme pathophysiologique convaincant » et qu'« il n'existe aucun test diagnostique objectif ». Aucun examen ne permet donc d'affirmer qu'un vertige vient des cervicales.
Conséquence pratique : le vertige cervicogénique est un diagnostic d'élimination. On n'y arrive qu'après avoir écarté les autres causes, jamais en première intention parce qu'une radiographie montre de l'arthrose.
Il n'existe pas de test qui réponde à cette question, et c'est précisément ce que dit la littérature. En revanche, la façon dont le vertige se manifeste oriente fortement vers d'autres causes, qu'il faut donc explorer d'abord.
Le vertige positionnel paroxystique bénin, le VPPB, est la piste à éliminer en priorité. C'est un trouble fréquent, et ses caractéristiques sont très particulières : des épisodes courts, généralement moins d'une minute, une sensation de rotation déclenchée par un changement de position de la tête, se retourner dans le lit, se pencher, lever la tête, souvent des nausées, et aucune perte d'audition.
Son mécanisme est connu et il n'a rien à voir avec le cou : de minuscules cristaux de carbonate de calcium, les otoconies, normalement fixés dans une autre partie de l'oreille interne, se déplacent dans un canal semi-circulaire, le plus souvent le canal postérieur, et exagèrent le mouvement du liquide qui s'y trouve à chaque changement de position de la tête.
Et il se traite. La manœuvre d'Epley, réalisée une ou deux fois par un praticien formé, soulage les symptômes chez la plupart des personnes. C'est la raison pour laquelle il serait dommage d'attribuer au cou un vertige qui se réglerait en une consultation.
D'autres causes existent, atteintes de l'oreille interne, causes neurologiques, effets de médicaments, chute de tension, et elles relèvent du médecin.
Le seul élément qui plaide en faveur d'une origine cervicale, c'est l'association étroite entre l'instabilité et des symptômes cervicaux nets, douleur et raideur du cou, chez quelqu'un dont le bilan a été fait et n'a rien trouvé d'autre.
Il existe des situations où le cou est en cause, et où il ne faut pas attendre.
Des fourmillements ou une faiblesse dans un bras, une maladresse des mains, des troubles de la marche ou de l'équilibre installés, des troubles urinaires : ces signes évoquent une compression d'une racine nerveuse ou de la moelle, et imposent un avis médical rapide.
De même, un vertige accompagné d'un mal de tête brutal et inhabituel, d'une vision double, de troubles de la parole ou d'une faiblesse d'un côté du corps est une urgence, et n'a rien à voir avec l'arthrose.
Les recommandations rejoignent celles de l'arthrose en général, avec deux nuances propres au cou.
Les antalgiques d'abord. La Société française de rhumatologie recommande d'essayer le paracétamol, à la dose de 2 à 3 g par jour, en le prenant régulièrement plutôt qu'en attendant que la douleur revienne quand elle est permanente, et sur la durée la plus courte possible.
Les anti-inflammatoires ensuite, à privilégier en gel plutôt qu'en comprimés, pendant les poussées et brièvement.
Le chaud ou le froid, selon ce qui soulage chacun : les rhumatologues renvoient explicitement au ressenti personnel, sans règle.
La perte de poids si elle est nécessaire. La fiche de la Société française de rhumatologie, mise à jour en 2019, retient 5 % : c'est la diminution de poids qui améliore les douleurs arthrosiques.
Le mouvement surtout. L'activité physique régulière est présentée comme l'une des mesures phare de la prise en charge de l'arthrose, parce qu'elle maintient l'amplitude des mouvements et la force musculaire. Pour le cou, cela signifie continuer à le mobiliser doucement, pas l'immobiliser par précaution.
La thérapie manuelle, enfin, mérite une phrase honnête. La Revue médicale suisse indique qu'elle « peut être proposée à certains patients », mais précise dans la même phrase que c'est « malgré l'absence de démonstration évidente de son efficacité ». Elle peut soulager, elle n'a pas fait la preuve qu'elle traite la cause.
Ce qui n'est pas recommandé, c'est le port prolongé d'un collier cervical hors prescription : il soulage sur le moment et affaiblit les muscles qui tiennent la tête.
Trois phrases, si vous ne deviez en garder que trois.
L'arthrose cervicale est très fréquente et souvent silencieuse : en trouver sur une radiographie n'explique pas forcément ce que vous ressentez.
Le vertige d'origine cervicale est un diagnostic controversé, sans test objectif, et il ne se pose qu'après avoir écarté le reste.
Le VPPB, lui, se reconnaît et se traite : des vertiges très brefs déclenchés par les mouvements de la tête, sans perte d'audition, méritent d'être montrés à un médecin avant toute autre conclusion.
Le lien est possible mais contesté. La Revue médicale suisse qualifie le diagnostic de vertige d'origine cervicale de « très controversé », sans mécanisme convaincant ni test objectif. Il ne se retient qu'après avoir écarté les autres causes.
Aucun examen ne permet de l'affirmer. On y pense lorsque l'instabilité s'accompagne de symptômes cervicaux nets et que le bilan n'a rien trouvé d'autre. La démarche consiste d'abord à éliminer les causes identifiables, à commencer par le vertige positionnel paroxystique bénin.
L'équilibre dépend du vestibule, des yeux, du cervelet, du cortex et des récepteurs proprioceptifs, dont ceux du cou. En théorie, un dysfonctionnement de ces récepteurs cervicaux pourrait troubler l'équilibre. En pratique, cette théorie n'est pas démontrée.
En cherchant d'abord la vraie cause avec un médecin. Si c'est un VPPB, la manœuvre d'Epley soulage la plupart des personnes en une ou deux séances. Si l'origine cervicale est retenue après élimination, la prise en charge repose sur le traitement de la douleur et le maintien de la mobilité.
Le vertige positionnel paroxystique bénin est provoqué par de petits cristaux de l'oreille interne, les otoconies, qui se déplacent dans un canal semi-circulaire. Il donne des vertiges de moins d'une minute déclenchés par les changements de position de la tête, souvent avec des nausées, et sans perte auditive.
Très. Le rachis représente 45 à 50 % des localisations de l'arthrose selon l'Inserm, qui précise que l'arthrose de la colonne est fréquente chez les 65-75 ans mais reste le plus souvent silencieuse.
Pas en dehors d'une prescription. L'immobilisation prolongée affaiblit les muscles qui soutiennent la tête, alors que le maintien d'une activité régulière fait partie des mesures principales de la prise en charge de l'arthrose.
Elle peut être proposée à certains patients, mais la Revue médicale suisse souligne l'absence de démonstration évidente de son efficacité. Elle peut soulager sans qu'on puisse affirmer qu'elle traite la cause.
Devant un vertige associé à un mal de tête brutal et inhabituel, une vision double, des troubles de la parole ou une faiblesse d'un côté du corps. Également sans attendre en cas de faiblesse ou de fourmillements d'un bras, de maladresse des mains ou de troubles de la marche.
Revue médicale suisse, « Vertiges d'origine cervicale : mythe ou réalité ? », mise au point : diagnostic très controversé, absence de mécanisme pathophysiologique convaincant, absence de test diagnostique objectif, thérapie manuelle sans démonstration évidente d'efficacité, description des composantes de l'équilibre. Manuels MSD, version grand public, « Vertige positionnel paroxystique bénin » : mécanisme des otoconies déplacées dans le canal semi-circulaire postérieur, épisodes de moins d'une minute déclenchés par les changements de position de la tête, absence de perte auditive, efficacité de la manœuvre d'Epley. Inserm, dossier Arthrose, Pr Francis Berenbaum, unité Inserm 938 : le rachis représente 45 à 50 % des localisations, arthrose vertébrale fréquente chez les 65-75 ans et le plus souvent silencieuse. Société française de rhumatologie : paracétamol 2 à 3 g par jour, anti-inflammatoires locaux à privilégier, chaud ou froid selon le ressenti, activité physique comme mesure phare. Sources consultées le 15 septembre 2026.
Contenu informatif, sans valeur de diagnostic. Des vertiges qui se répètent justifient toujours un examen par un professionnel de santé.