L'arthrose de la cheville est l'usure du cartilage entre le tibia et le talus, qui finit par mettre l'os en contact avec l'os. Elle se distingue de toutes les autres arthroses sur un point : elle est le plus souvent la conséquence d'un accident ancien, fracture ou entorses à répétition, là où l'arthrose du genou ou de la hanche s'installe surtout avec l'âge. Cette page explique comment la reconnaître, ce qui la déclenche, ce qui la soulage réellement, et pourquoi un traitement qui marche au genou ne marche pas ici.
Le signe qui oriente d'emblée, c'est le rythme de la douleur.
Elle est mécanique. Elle apparaît à la marche, en station debout prolongée, en conduisant, et elle s'améliore au repos. Les Hospices civils de Lyon précisent qu'elle évolue le plus souvent par poussées. C'est la réponse à la question que beaucoup se posent sur le moment de la journée où la douleur est la plus forte : elle augmente avec l'usage, donc plutôt en fin de journée, et cède quand on s'assoit.
Une douleur qui fait l'inverse, qui réveille la nuit, qui est maximale au réveil et qui se calme en bougeant, oriente vers une cause inflammatoire et non vers une arthrose.
S'y ajoutent quatre signes : un enraidissement, avec une difficulté à fléchir ou à étendre la cheville, un gonflement, des craquements, et une gêne à la marche pouvant aller jusqu'à la boiterie.
C'est ici que cette articulation se distingue des autres.
Le traumatisme domine. Les causes sont « essentiellement dans des contextes traumatiques », écrivent les Hospices civils de Lyon, c'est-à-dire des séquelles de fracture ou des entorses de cheville à répétition. Une entorse grave mal soignée, une cheville restée instable après plusieurs épisodes, et l'usure s'installe des années plus tard.
Les maladies inflammatoires viennent ensuite, la polyarthrite rhumatoïde par exemple.
Les troubles de forme du pied aussi : pied plat, séquelle de pied bot, toute déformation qui fait travailler l'articulation de travers.
Et parfois elle est primitive, sans cause retrouvée, mais c'est le cas le moins fréquent.
Cette particularité explique pourquoi l'arthrose de la cheville touche des gens plus jeunes que l'arthrose du genou ou de la hanche. Pour mémoire, la cheville ne représente qu'une petite part des localisations d'arthrose : l'Inserm situe en tête le rachis, de 45 à 50 % des cas, les mains, de 35 à 45 %, les genoux, 30 %, et les hanches, 10 %.
Trois temps, et le troisième est indispensable.
L'interrogatoire cherche les symptômes et surtout l'histoire : une fracture ancienne, des entorses répétées.
L'examen localise la douleur, constate le gonflement et mesure la limitation des mouvements. Il recherche les facteurs favorisants, cheville instable, déformation ancienne ou présente depuis la naissance.
La radiographie tranche. Elle se fait en charge, c'est-à-dire debout en appui, et de façon comparative avec l'autre cheville. Elle montre la diminution de l'épaisseur du cartilage et la production osseuse anormale appelée ostéophytes. Une radiographie couchée ne montrerait pas la même chose : c'est le poids du corps qui révèle le pincement réel.
Il faut le dire franchement, parce que beaucoup de pages entretiennent le flou.
Une fois le cartilage usé, aucun médicament ne permet aujourd'hui d'en refaire. L'évolution ne peut donc aller que vers l'aggravation de l'usure. L'Inserm le formule autrement pour l'ensemble des arthroses : les lésions du cartilage ne régressent jamais.
Ce qui reste possible, et ce n'est pas rien, c'est de stabiliser le retentissement, la douleur et la gêne à la marche, et de retarder la chirurgie. C'est l'objectif réel du traitement, et le dire évite d'attendre d'un produit ce qu'aucun produit ne fait.
La vitesse d'évolution, elle, n'est pas fixée d'avance. Une arthrose peut rester longtemps supportable comme elle peut s'aggraver en quelques années.
Les traitements non chirurgicaux, dans l'ordre où ils se posent.
Les antalgiques et les anti-inflammatoires, notamment lors des poussées douloureuses. Pour l'arthrose en général, la Société française de rhumatologie recommande d'essayer le paracétamol à 2 ou 3 g par jour, et de privilégier les anti-inflammatoires en gel plutôt qu'en comprimés quand c'est possible, sur la durée la plus courte possible.
La kinésithérapie, pour assouplir la cheville, renforcer les articulations voisines et travailler la douleur par la physiothérapie.
Les semelles orthopédiques ou les chaussures adaptées, réalisées sur mesure par un pédicure-podologue. Elles stabilisent certaines déformations et limitent les mouvements qui font mal. Sur cette articulation-là, c'est souvent le geste le plus rentable.
La correction d'un excès de poids. La fiche de la Société française de rhumatologie, mise à jour en 2019, retient 5 % : c'est la perte de poids qui améliore les douleurs et protège l'articulation.
Les infiltrations de corticoïde, à visée antidouleur, lors des poussées.
Et le mouvement. L'activité physique régulière et adaptée est présentée par les rhumatologues comme l'une des mesures phare, parce qu'elle entretient l'amplitude articulaire et la force musculaire. En clair : on épargne la cheville pendant une poussée, on la fait travailler en dehors.
C'est le point que presque aucune page ne précise, et il évite une dépense inutile.
La viscosupplémentation, c'est-à-dire l'injection d'acide hyaluronique dans l'articulation pour la lubrifier, a une efficacité clinique reconnue sur la douleur dans les formes peu ou modérément évoluées d'arthrose. Mais les Hospices civils de Lyon indiquent explicitement, pour la cheville, que ces injections n'ont pas démontré leur efficacité à ce niveau.
Autrement dit, ce qui vaut pour le genou ne se transpose pas automatiquement. Si l'on vous propose ce geste pour une cheville, la question de son intérêt mérite d'être posée.
Elle intervient lorsque le traitement médical ne suffit plus. Trois interventions existent, et elles ne répondent pas au même problème.
L'ostéotomie corrige une déformation. L'os est sectionné puis réaxé, pour que l'articulation travaille droit. C'est le geste conservateur, plutôt chez les patients jeunes et sur des usures localisées.
L'arthrodèse bloque définitivement l'articulation usée à l'aide de vis ou de plaques. La douleur disparaît avec le mouvement : c'est une intervention fiable sur la douleur, au prix de la mobilité de la cheville, partiellement compensée par les articulations voisines du pied.
La prothèse de cheville remplace les surfaces articulaires et conserve la mobilité. Pour comparaison, l'Inserm situe la durée de vie d'une prothèse articulaire entre 15 et 20 ans en général.
Le choix se discute avec un chirurgien orthopédiste, selon l'âge, l'activité, l'état des articulations voisines et le degré d'usure.
La question revient surtout pour la course à pied, et la réponse n'est ni oui ni non.
Ce qui est acquis, c'est que l'arrêt de toute activité est la mauvaise réponse. L'immobilité fait perdre l'amplitude et la force musculaire qui protègent l'articulation, et la marche devient plus difficile.
Ce qui l'est aussi, c'est qu'une articulation en poussée douloureuse doit être épargnée. Il faut alors lui éviter tout surmenage, quitte à changer d'activité quelques jours.
Entre les deux, le bon sens et le kinésithérapeute : les activités en décharge, vélo et natation, sollicitent la cheville sans lui faire porter le poids du corps. La reprise de la course se discute au cas par cas, en fonction de la douleur du lendemain plus que de celle du jour même.
Par son rythme. Une douleur d'arthrose se déclenche à l'usage, marche ou station debout, et s'apaise au repos. Elle s'accompagne d'un enraidissement, parfois d'un gonflement et de craquements. La radiographie en charge confirme le diagnostic.
Plutôt après l'effort et en fin de journée, puisque la douleur est mécanique et liée à l'activité. Une douleur maximale la nuit ou au réveil, qui se calme en bougeant, oriente vers une cause inflammatoire et justifie un avis médical.
Antalgiques et anti-inflammatoires pendant les poussées, kinésithérapie pour l'assouplissement et le renforcement, semelles orthopédiques ou chaussures adaptées, correction d'un excès de poids, et infiltrations de corticoïde si nécessaire. En dehors des crises, le maintien d'une activité adaptée est essentiel.
L'arthrose est une usure mécanique du cartilage : la douleur vient avec l'effort et cède au repos. L'arthrite est une inflammation de l'articulation : la douleur est présente au repos, réveille la nuit, s'accompagne d'une raideur matinale prolongée et souvent d'une articulation chaude et gonflée. Une polyarthrite rhumatoïde peut d'ailleurs provoquer secondairement une arthrose de la cheville.
Douleur mécanique à la marche, enraidissement avec perte de flexion et d'extension, gonflement, craquements et difficulté à marcher. Au pied, l'atteinte touche souvent le gros orteil ou l'arrière-pied, avec les mêmes caractéristiques de douleur.
Non. Le cartilage usé ne se reconstitue pas et aucun médicament ne permet actuellement d'en refaire. Le traitement vise à stabiliser la douleur et la gêne, et à retarder la chirurgie.
Oui, et c'est même recommandé en dehors des poussées douloureuses. L'immobilité aggrave la perte de mobilité et de force. Pendant une poussée, en revanche, l'articulation doit être épargnée.
Oui, c'est même la situation la plus fréquente. Les entorses à répétition et les séquelles de fracture sont les causes principales de l'arthrose de la cheville, ce qui la distingue des arthroses du genou et de la hanche.
Leur efficacité est reconnue sur d'autres articulations dans les formes peu évoluées, mais les Hospices civils de Lyon indiquent qu'elles n'ont pas démontré leur efficacité au niveau de la cheville. La question mérite d'être posée avant d'accepter le geste.
Hospices civils de Lyon, fiche santé « Arthrose de la cheville » : mécanisme tibia-talus, causes traumatiques, manifestations, radiographie en charge, évolution, traitements médicaux et chirurgicaux, absence d'efficacité démontrée de la viscosupplémentation à la cheville. Inserm, dossier Arthrose, réalisé avec le Pr Francis Berenbaum, Centre de recherche Saint-Antoine, unité Inserm 938 : répartition des localisations, caractère irréversible des lésions du cartilage, durée de vie des prothèses. Société française de rhumatologie : paracétamol 2 à 3 g par jour, anti-inflammatoires locaux à privilégier, perte de 5 % du poids, activité physique comme mesure phare, épargne de l'articulation pendant les poussées. Sources consultées le 15 septembre 2026.
Information générale, à visée pédagogique. Un avis médical reste nécessaire pour poser un diagnostic et décider d'un traitement.