Les deux mots se ressemblent et désignent deux maladies opposées. L'arthrose est une usure mécanique du cartilage : elle fait mal quand on s'en sert et se calme au repos. L'arthrite est une inflammation de l'articulation : elle fait mal au repos, réveille la nuit et s'accompagne d'une raideur matinale longue. Le signe qui les sépare le plus sûrement n'est donc pas l'endroit où l'on a mal, c'est le moment de la journée où l'on a le plus mal. Cette page détaille ce qui les distingue, ce qui peut tromper, et ce qui doit conduire à consulter.
C'est le critère le plus utile et le plus simple à vérifier soi-même.
La douleur de l'arthrose est mécanique. Elle se déclenche à l'usage de l'articulation, marcher, ouvrir un bocal, rester debout, et elle s'améliore au repos. La Société française de rhumatologie la décrit comme « parfois vive au début », puis s'atténuant, avant de devenir plus constante dans les formes évoluées.
La douleur de l'arthrite est inflammatoire. Elle est présente au repos, elle provoque des réveils nocturnes, et elle s'accompagne d'un dérouillage matinal, c'est-à-dire d'une raideur au réveil.
La durée de cette raideur matinale est le second critère. Dans l'arthrose, le dérouillage est bref, quelques minutes. Dans un rhumatisme inflammatoire, il est long, souvent plus de trente minutes, et concerne plusieurs articulations à la fois.
Autrement dit : si vous avez mal en bougeant et que le repos vous soulage, cela ressemble à une arthrose. Si vous avez mal la nuit, si vous êtes bloqué une demi-heure le matin et que cela s'améliore une fois lancé, cela ressemble à une arthrite.
Les deux mots ne désignent pas des degrés d'une même maladie.
L'arthrose est une maladie de l'articulation entière, qui se caractérise par la destruction du cartilage, une inflammation de la membrane qui tapisse l'intérieur de l'articulation et un remodelage de l'os situé juste sous le cartilage. C'est la maladie articulaire la plus répandue. Elle concerne 3 % des moins de 45 ans, 65 % des plus de 65 ans et 80 % des plus de 80 ans.
L'arthrite est un terme général qui désigne une inflammation de l'articulation. Elle regroupe des maladies très différentes : les rhumatismes inflammatoires chroniques comme la polyarthrite rhumatoïde ou le rhumatisme psoriasique, les arthrites liées à des dépôts comme la goutte ou la chondrocalcinose, et les arthrites infectieuses.
La plus connue, la polyarthrite rhumatoïde, est une maladie auto-immune qui touche 0,5 % de la population, quel que soit le pays, le plus souvent une femme de plus de 50 ans, avec quatre femmes pour un homme.
La localisation oriente, sans jamais suffire.
L'arthrose frappe surtout le rachis, de 45 à 50 % des cas, les mains, de 35 à 45 %, les genoux, 30 %, et les hanches, 10 %. Aux mains, elle touche caractéristiquement les articulations du bout des doigts et la base du pouce.
La polyarthrite rhumatoïde touche « surtout les mains et les pieds », et elle atteint plusieurs articulations à la fois, souvent des deux côtés. Aux mains, elle gonfle plutôt les articulations de la base des doigts, précisément celles que l'arthrose épargne.
Un détail qui compte : dans l'arthrose, les grosseurs des doigts sont dures, parce qu'elles sont osseuses. Dans une arthrite, le gonflement est mou et chaud, parce qu'il est inflammatoire.
Trois situations brouillent la distinction, et il vaut mieux les connaître.
L'arthrose fait aussi de l'inflammation. Lors d'une poussée congestive, l'articulation arthrosique gonfle, chauffe et fait plus mal, à cause d'une production excessive de liquide articulaire en réaction à la lésion du cartilage. Une poussée d'arthrose peut donc ressembler à une arthrite pendant quelques jours.
Une arthrite peut provoquer une arthrose. Quand l'inflammation persiste longtemps, l'articulation s'abîme. C'est pour cette raison que la polyarthrite rhumatoïde figure parmi les causes d'arthrose secondaire, notamment à la cheville.
Certaines formes se ressemblent beaucoup. Il existe une arthrose digitale dite érosive, plus inflammatoire et plus destructrice, qui concerne 4 à 10 % des arthroses des doigts. À l'inverse, un rhumatisme psoriasique peut toucher les articulations du bout des doigts, là où on attendrait une arthrose. C'est précisément pour trancher ces cas que des critères diagnostiques ont été établis par l'American College of Rheumatology dès 1990.
Les examens ne sont pas les mêmes, et c'est révélateur.
Pour l'arthrose, le diagnostic repose sur l'examen clinique et la radiographie, qui montre le pincement de l'espace entre les deux os et la production osseuse anormale appelée ostéophytes. Il n'y a pas d'anomalie de la prise de sang.
Pour la polyarthrite rhumatoïde, le diagnostic repose sur des examens biologiques et radiographiques : des prises de sang qui montrent l'inflammation et la présence d'anticorps, et des radiographies qui cherchent des érosions. La Société française de rhumatologie insiste sur un point : « c'est la conjonction de ces différents arguments qui permet de suspecter une polyarthrite rhumatoïde. Aucun de ces arguments pris isolément ne peut suffire à un diagnostic de certitude. »
C'est la raison pour laquelle une prise de sang normale ne suffit pas à écarter un rhumatisme inflammatoire, et pourquoi il ne faut pas s'autodiagnostiquer sur un seul résultat.
Elle ne relève pas du vocabulaire, elle décide de la conduite à tenir.
Dans l'arthrose, le traitement vise la douleur et la fonction. Les lésions du cartilage ne régressent jamais, aucun médicament ne reconstruit le cartilage, et l'objectif est de stabiliser la gêne. Les moyens : antalgiques, anti-inflammatoires locaux en poussée, kinésithérapie, perte de poids, et surtout maintien de l'activité physique.
Dans un rhumatisme inflammatoire, le traitement vise l'inflammation elle-même, et le temps compte. L'évolution de la polyarthrite rhumatoïde « dépend du bon contrôle de l'inflammation », et un mauvais contrôle conduit à des déformations articulaires ou à des complications qui définissent les formes sévères. Un retard de diagnostic a donc des conséquences durables, ce qui n'est pas le cas dans l'arthrose.
C'est pourquoi une douleur articulaire inflammatoire, nocturne, avec raideur matinale prolongée et gonflement de plusieurs articulations, doit être montrée à un médecin rapidement.
Une douleur qui vient avec l'effort et cède au repos, avec une raideur matinale de quelques minutes, évoque une arthrose. Une douleur présente au repos, qui réveille la nuit, avec une raideur de plus d'une demi-heure et plusieurs articulations gonflées, évoque une arthrite. Dans le doute, c'est le médecin qui tranche, jamais un seul examen pris isolément.
Sans attendre si vous avez plusieurs articulations gonflées en même temps, surtout aux mains et aux pieds et des deux côtés, une raideur matinale de plus de trente minutes, des réveils nocturnes dus à la douleur, une grande fatigue associée, ou une articulation chaude, rouge et très douloureuse d'apparition brutale.
Dans les formes atypiques, un avis de rhumatologue est préférable.
Par le rythme de la douleur. L'arthrose fait mal à l'usage et se calme au repos, avec une raideur matinale de quelques minutes. L'arthrite fait mal au repos, réveille la nuit et donne une raideur matinale prolongée. Seul un médecin peut confirmer, par l'examen, la radiographie et, pour l'arthrite, la prise de sang.
Des douleurs de rythme inflammatoire avec réveils nocturnes, des gonflements articulaires, et un dérouillage matinal touchant plusieurs articulations, surtout les mains et les pieds. Une grande fatigue y est souvent associée.
Non, ce sont deux maladies différentes. En revanche l'arthrose comporte des poussées inflammatoires, où l'articulation gonfle et chauffe, ce qui peut y ressembler. Et l'inverse existe : une arthrite prolongée abîme l'articulation et peut aboutir à une arthrose secondaire.
Elles ne se comparent pas ainsi. Mais dans un rhumatisme inflammatoire, l'évolution dépend du contrôle de l'inflammation, et un mauvais contrôle conduit à des déformations et à des complications. Le délai de prise en charge y compte davantage que dans l'arthrose.
L'immobilité. L'activité physique régulière est l'une des mesures principales du traitement, parce qu'elle entretient l'amplitude des mouvements et la force musculaire. Le surpoids suit de près : la fiche de 2019 de la Société française de rhumatologie retient une diminution de 5 % du poids comme seuil utile.
Elle aide. L'arthrose ne donne pas d'anomalie biologique, alors qu'un rhumatisme inflammatoire montre souvent une inflammation et des anticorps. Mais aucun argument pris isolément ne suffit : c'est leur conjonction qui oriente le diagnostic.
Oui. Une polyarthrite rhumatoïde peut coexister avec une arthrose, et elle figure parmi les causes d'arthrose secondaire, par exemple à la cheville.
L'arthrose augmente nettement avec l'âge : 3 % des moins de 45 ans, 65 % des plus de 65 ans, 80 % des plus de 80 ans. La polyarthrite rhumatoïde débute le plus souvent chez une femme de plus de 50 ans, avec quatre femmes atteintes pour un homme.
Il oriente. Dans l'arthrose des doigts, les grosseurs sont dures parce qu'elles sont osseuses. Dans une arthrite, le gonflement est mou et l'articulation est souvent chaude.
Inserm, dossier Arthrose, réalisé avec le Pr Francis Berenbaum, Centre de recherche Saint-Antoine, unité Inserm 938 : définition de l'arthrose comme atteinte de l'articulation entière, répartition des localisations, prévalence selon l'âge, rôle des rhumatismes inflammatoires parmi les causes, irréversibilité des lésions du cartilage. Société française de rhumatologie, pages « Comment se manifeste l'arthrose ? » et « Comment se traite aujourd'hui l'arthrose ? », et dossier « Polyarthrite rhumatoïde » mis à jour le 25 septembre 2025 : prévalence de 0,5 % de la population, quatre femmes pour un homme, douleurs de rythme inflammatoire, réveils nocturnes, dérouillage matinal, diagnostic par la conjonction d'arguments biologiques et radiographiques. Vidal, « L'arthrose digitale, très fréquente, douloureuse et handicapante » : critères de l'American College of Rheumatology de 1990, forme érosive de 4 à 10 % des arthroses digitales, atteinte possible des articulations distales par le rhumatisme psoriasique. Sources consultées le 15 septembre 2026.
Ce texte sert à comprendre, pas à se diagnostiquer. Plusieurs articulations gonflées ou des douleurs nocturnes appellent un rendez-vous médical.